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"Maître
Aldeban ! Maître Aldeban !
Les cris
s'amplifiaient à travers les corridors. Détectant une
certaine panique non voilée à ses oreilles, l'interpellé
délaissa sans hésitation la carte stellaire qu'il
scrutait avec soin et se dirigea vers son élève qui ne
pouvait se contenir sans peine.
"Qu'y-a-t-il,
Zak," lança-t-il, d'un oeil interrogateur.
Ce dernier,
tout en haut d'un escalier, était en proie à une vive
agitation.
"Venez voir à
l'écran , maître, venez voir, " criait-il sans arrêt.
"Ce doit être
diablement important" pensa Marian Aldeban, "jamais je
ne l'ai vu dans cet état."
Le maître
rejoignit son élève et tous deux accélérèrent le pas
dans le corridor à pénombre contrôlée, vers la salle
d'observation où Zak avait délaissé son poste.
Ce dernier
prit place devant une série d'écrans et manipula
quelques boutons.
"Un simple
réajustement, maître, dit Zak, et vous verrez ce dont je
veux vous parler sur le macro-écran. "
Avec une
certaine appréhension, l'autre se tourna lentement vers
le-dit écran pour voir apparaître, dans toute sa
splendeur, une énorme boule de feu qui fonçait à travers
l'espace, vers une destination inconnue.
À demi
soulagé, Marian Aldeban pivota vers son élève, une
question sur le bout des lèvres.
"C'est
magnifique, dit Aldeban, ces images sont absolument
sensationnelles. Est-ce que tu as pu identifier l'objet
en question ?"
Levant les
yeux vers l'astrophysicien, Zak comprit que son maître
ne se doutait pas de l'importance de sa découverte. Il
pesa bien chacun de ses mots, tout en le fixant droit
dans les yeux.
"C'est un
astéroide inconnu, à ce jour, et il n'enprunte aucune
des trajectoires connues. Son volume est de deux fois et
demie celui de la Terre, si incroyable que cela puisse
paraître. Sa trajectoire , maintes fois recalculée par
l'ordinateur central, est en direction précise de notre
système solaire. Il devrait frapper la Terre dans
exactement quatre cents ans."
Le
demi-sourire béat demeura figé pendant quelques secondes
et maître Aldeban sembla vieillir de vingt ans sous
l'effet du choc. Il reprit enfin pied dans la réalité
et balbutia, non sans mal :
"Reprenons
encore une fois ces calculs, Zak, avant de prévenir les
autorités. "
Et tous deux
se mirent fébrilement à la tâche. Jamais l'observatoire
du Mont Mégantic n'eut retenu de si terrible secret.
Quelques
heures plus tard, alors que l'astre solaire pointait
déjà à l'horizon, les deux physiciens étaient tojours à
déchiffrer des suites infinies d"équations complexes,
tentant de les retourner dans tous les sens.
" Il n'y a pas
d'échappatoire ! "
Marian laissa
tomber ces mots, décontenancé, fourbu par l'effort
intellectuel des dernières heures. De ses yeus vides,
sans expression, il scruta le visage de Zak, qui
n'ajouta rien d'autre.
Toute parole
était superflue.
" Je vais me
retirer dans mes quartiers, reprit Aldeban, tout en se
dirigeant vers la sortie, tu ferais bien de faire de
même. Cet après-midi, je ferai face au Président, devant
le Conseil de la Terre.
Marian Aldeban
prit place dans l'alcôve de l'orateur, face aux douze
Conseillers convoqués par le Président lui-même. Ce
dernier se tourna vers le physicien et lui fit signe
qu'il avait la parole. Il prit une grande respiration et
débuta.
" Messieurs
les Conseillers, je vous remercie tous et chacun d'entre
vous d'être présents à cette séance spéciale. Aprèes
avoir consulté M. le Président et exposé la gravité de
la situation, ce dernier a bien voulu me confier le
mandat de vous expliquer la menace qui pèse sur la
Terre. "
Il scruta un à
un les visages, satisfait, et repris son discours.
" La nuit
dernière, l'observatoire du Mont Mégantic a fait une
découverte des plus exceptionnelles, par l'entremise de
mon assistant, Zak, et malheureusement, cette découverte
comporte un aspect plutôt négatif pour l'humanité. "
" En effet
celui-ci a repéré un astéroide, d'un volume double à
celui de la Terre, et sa trajectoire coincide avec celle
de la planète. Point n'est besoin de vous préciser qu'au
moment du choc des deux mondes, l'humanité sera
pulvérisée. "
" Un rapport
des plus détaillés vous sera remis à la fin de la
séance. Consultez-le avec soin. "
" Professeur !
"
La voix venait
de la droite, inquiète.
" Oui ,
Conseiller Kalinski. "
" De combien
de temps dispose la Terre ", demanda l'interpellé.
" Quatre cents
ans, répondit Aldeban, sans plus ni moins. C'est bien
long pour la vie d'un homme...
... mais bien
court, reprit Kalinski, pour la vie de l'humanité. "
Quelques
secondes de silence pesèrent sur le Conseil de la
Terre.
" Nous pouvons
le détruire, lança le général Estevez, ou tout au moins
tenter de le dévier de sa route. "
" Désolé de
vous décevoir, répondit Marian, mais toutes les
alternatives ont été bien étudiées et comportent
certains dangers que nous ne pouvons nous permettre de
négliger. "
"Alors,
questionna le général, déçu, de toutes les alternatives,
avez-vous trouvé une solution ? "
" Non, fit-il
simplement. Sauf une idée saugrenue, qui m'est passée
comme ça, en prenant ma douche. "
" Allez- y
toujours, commenta le Président, nous n'avons vraiment
rien à perdre. "
Marian Aldeban
s'expliqua pendant de longues minutes.
Alors l'ingénieur-conseiller
Wachtel se leva.
" Messieurs,
annonça-t-il, ces arguments méritent plus que réflexion,
ils sont parfaitement réalisables. Il ne sera pas dit
que le vingt-quatrième siècle est à court d'idées. "
L'astro-navette
s'éleva lentement et l'héliport ne fut bien tôt qu'un
point, de même que l'énorme chantier tout à côté. Il
venait d'y faire sa dernière inspection, et Noa sentit
une certaine fierté l'envahir. Son
arrière-arrière-grand-père avait eu l'idée de ce projet
colossal -- une idée saugrenue, lui avait-on dit -- et
il revenait à lui aujourd'hui de parachever l'oeuvre,
le but ultime de tous les peuples depuis quatre-cents
ans.
Le Congo
disparut en quelques secondes et son esprit se fixa sur
l'autre chantier, celui-là au Brésil, à la lisière de
l'Amazonie. Ils y seraient dans à peine une heure, sa
dernière inspection n'était d'ailleurs que
réglementaire, il savait très bien que tout était au
point. Dans moins de vingt-quatre heures, le Conseil de
la Terre pourrait donner l'ordre de départ. Il
s'appliqua à rédiger son rapport.
Le sept
décembre, date de l'anniversaire de Marian Aldeban,
l'humanité entière se fusionna en un seul espoir, comme
pour en purifier l'étincelle du futur. Le Président
ordonna la mise à feu.
Simultanément,
deux gigantesques moteurs se mirent à vrombir des
profondeurs de la terre. Sur plusieurs kilomètres de
circonférence, l'un au Congo, l'autre au Brésil, ces
moteurs poussèrent leur énergie gravitique, soutenus par
l'espoir des hommes, et bientôt, la Terre s'arracha à
l'attraction du système solaire, pour entreprendre son
voyage en vue de sauver l'humanité et la richesse du
commencement des Temps.
Bootson,
07-04- 2007

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