Mariette s'arrêta dès qu'elle entendit les premiers mots, et recula doucement d'un pas

avant de franchir les portes françaises. Sa fille était assise dans la vieille chaise berçante de sa grand-maman,

enveloppée d'un châle et s'adressant au chaton qu'elle portait au creux de son bras, pendant que le feu crépitait

dans la cheminée et déployait sa douce lumière dans la pièce.

 

Mariette éprouva un grand soupir intérieur et ses yeux s'embuèrent devant cette image qui lui rappelait tant

de souvenirs lointains. Les yeux figés sur la fenêtre givrée qui scintillait de mille feux, elle écouta Sandrine

raconter sa petite histoire...

 

... et tu sais, Vol-au-vent, c'était la maman de grand-mère Jeanne. Elle s'appelait Olina et s'assoyait toujours

dans cette chaise, cadeau que son mari adoré lui avait fabriqué de ses mains, en bois de cerisier...

 

Ça faisait déjà plus de 6 ans qu'elle était seule, et le poids des années commençait à se faire sentir sur ses

frêles épaules. Depuis que son tendre époux lui avait laissé comme héritage la petite ferme qu'ils avaient presque

toute défrichée, son père et lui, quelques bonnes décennies auparavant, elle ne connaissait pas beaucoup de repos,

surtout que les enfants maintenant avaient déserté pour la ville. Mais elle n'avait jamais voulu vendre à quiconque.

C'était toujours son petit domaine et malgré la charge de travail elle s'était entêtée à en prendre soin  jusqu'à ses

derniers jours.

 

Le matin du 24 décembre, par un froid soutenu depuis les deux derniers jours, elle s'affairait déjà dans la cuisine

à préparer de bons petits plats à saveur du temps des Fêtes, sa fameuse tourtière, inégalée encore aujourd'hui selon

les nombreux adeptes, son ragoût de pattes de porc bien consistant, ses tôles à biscuits bien garnies et multicolores.

Tout autour d'elle se regroupait son auditoire favori, son vieux matou et quelques nouveaux venus qu'elle avait

receuilli ces derniers jours.

 

Jamais elle n'avait pu s'empêcher de receuillir ces chats et chattes qui se présentaient à sa porte, surtout l'hiver.

Et sa mère lui avait toujours dit "Ma fille, ce sont des observateurs, des envoyés spéciaux du Seigneur qui

viennent mesurer tes actions sur la terre, pendant les jours de décembre, certains reprendront la route, d'autres

te resteront fidèles à jamais".

 

Elle finissait de préparer tous ses petits plats allègrement, avec amour, surtout que demain les enfants seront là

pour le dîner de Noël, avec les petits enfants, surtout Mariette qui venait tout juste d'avoir ses dix ans, elle était

bien sûr sa petite préférée, tellement enjouée et vibrante de simplicité, toujours prête à l'aider dès qu'elle mettait

les pieds dans la maison. Curieuse aussi sur bien des points, mais elle était surtout fascinée par les chats et chatons

qui semblaient tant attirés par sa grand-mère.

 

Olina terminait ses derniers petits macarons avec le coucher du soleil, remit une autre bonne bûche d'érable

dans le poêle, enfila son châle et son manteau et se dirigea lentement vers l'étable où elle prit soin de quelques

animaux encore hébergées et autosuffisants à ses besoins.

 

C'est en revenant une heure plus tard vers la maison qu'elle aperçut la chatte assise devant sa porte, attendant

patiemment au froid. Elle portait une énorme fourrure blanche, de grands yeux qui semblaient l'implorer, cherchant

abri et chaleur et de quoi se mettre sous la dent probablement. Olina eu un petit sourire et poussant le battant de

la porte que la chatte enfila sans se faire prier, émettant déjà son petit ron-ron.

 

La vieille dame se sentait fatiguée, même très fatiguée ce soir, grosse journée pour elle et peut-être un peu

d'appréhension pour le lendemain. Elle se fit un bon chocolat chaud, remit une bûche dans la cheminée et se cala

dans sa chaise, enveloppée dans son châle. Elle s'allongea les jambes et son gros matou en profita pour grimper

et regagner sa place habituelle, presque son rituel. Olina en profita pour siroter son chocolat chaud. Elle aimait

bien ce moment de tranquilité, dans la chaise d'où elle regardait pétiller le bon feu de bois. Elle remarqua autour

d'elle, couchés en rond, tous les autres chats, comme pour la protéger. La seule qui était assise sur le bras du divan,

et qui semblait la fixer, était la nouvelle venue, elle semblait sourire, tout doucement, pendant que tous ronronnaient

en choeur.

 

Olina la regarda et lui dit " Toi, je ne sais pas d'où tu viens, mais tu sembles avoir un secret..."

Elle était comme subjuguée par ses grands yeux pétillants et mystérieux à la fois. Elle souria, sentit la chaleur

l'apaiser tout en fermant les yeux doucement...

 

... et le matin de Noël, grand-maman Jeanne et maman l'ont trouvé ainsi, toujours souriante et entourée

de ses chats...

 

"Tu vois, Vol-au-vent, elle était partie pour le paradis des chats..."

 

Mariette sentit la larme descendre sur sa joue, pendant que Sandrine serrait dans ses bras son petit chaton de Noël...

 

                                        

 

Retour

 

Copyright © 2002-2007

(La Maison du Nénuphar). Tous droits réservés.