
Par une fin
d'après-midi, la veille de Noël, j'errais encore dans les
magasins d'un petit village.
J'étais venu
y passer le temps des Fêtes, retrouver quelques membres de la
famille. En m'arrêtant devant
la vitrine du
magasin de chaussures, j'y vis entrer un jeune garçon à l'allure
plutôt délabrée, je dois dire.
Poussé par la
curiosité, je l'ai suivi pendant qu'il se rendait vers la
section de chaussures pour les dames.
Il s'arrêta
pour admirer une paire d'escarpins, tout en cuir verni. Je me
tenais un peu à l'écart et
regardais du
coin de l'oeil.
Le vieux
monsieur, à qui appartenait la boutique, remarqua son intérêt et
s'approcha de lui.
" Je peux
t'aider, mon garçon" dit-il, en fronçant un peu les sourcils.
"Oui
monsieur", répondit ce dernier, du haut de ses huit ans. "Je
voudrais acheter des souliers pour ma maman, pour le soir de
Noël, afin qu'elle soit la plus belle !!"
De par sa
réponse, j'ai sursauté bien malgré moi et tendis l'oreille. Le
jeune garçon ne devait pas avoir
plus de huit
ou neuf ans, les cheveux en broussaille, les pommettes rougies
par le froid. Il était habillé
bien
pauvrement, pas très chaudement pour la saison, les vêtements
déchirés en plusieurs endroits.
Il portait
des souliers de courses, percés aux deux pieds.
Le vendeur se
gratta le cuir chevelu en pensant que le jeune garçon ne
pourrait certainement pas payer
cet achat, et
lui demanda à titre de curiosité personnelle, "Et tu es bien sûr
que c'est ce qu'elle voudrait,
tu sais ce
n'est pas donné ces souliers."
Le jeune
homme répondit du tac au tac, "Oh oui monsieur, c'est tout à
fait son style,
et elle sera
la plus belle."
Le vieux monsieur esquissa un sourire et prit sur la tablette la
paire de souliers.
"Vous devez
vous dépêcher Monsieur", dit le garçon tout candidement, "c'est
que ma maman elle a été
bien malade
ces derniers jours, et ce soir à Noël, quand elle ira voir Jésus
au ciel, je veux qu'elle soit la plus belle..."
Et le jeune
homme, avec un sourire timide, sortit la main de sa poche avec
quelques petits dollars, sûrement gagnés de peine et misère.
Le vieux
monsieur, ne sachant plus quoi répondre, lança un regard en ma
direction, tout penaud.
"Emballez-les", dis-je sans tarder, en ouvrant mon portefeuille,
"il a ce qu'il faut avec son grand coeur". Ce dernier s'exécuta
sans tarder et remit le paquet au gamin.
Il pouvait voir dans ses prunelles des millions de merci, en lui
disant d'une voix enrouée,
"Bon Noël,
petit..." en le voyant partir en courant, avec son sourire d'une
oreille à l'autre,
"elle sera la
plus belle ce soir, Monsieur".
Je sortis
prendre une bouffée d'air, les yeux vers le ciel étoilé. Une
étoile filante laissa sa marque, très haut dans le noir du
firmament.
Et je me sentais bien...


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